San Lucia, 5h de navigation houleuse (nous avions presque perdu l’habitude) nous amène dans le lagon de Rodney Bay. L’ambiance ici est très différente de la Martinique, plus anglo saxonne (ex colonie britannique oblige). Les gens sont très courtois, mais ça sent plus la politesse que le réel accueil chaleureux. J’en viens à préférer l’attitude certes nettement plus rustre des CapVerdiens par exemple, mais qui était plus vraie, moins codée, moins touristique.
Depuis Rodney Bay nous descendons la côte jusqu’à La Soufrière. Une caldeira entre les deux célèbres pitons de Sainte Lucie, emblème de leur drapeau.
Là on met l’ancre le cul à la plage et on s’attache aux cocotiers (le fond tombe à 40mètres d’un seul coup). Après de longues négociations avec les boatmen (qui viennent vous voir au bateau pour vous vendre des excursions ou des fruits légumes), puis les gars qui gardent votre annexe au ponton (d’ailleurs on sait jamais trop qui la garde vraiment) ou le chef des taxis, nous trouvons enfin un deal accessible à notre bourse (on est tout de même passé de 250 dollars EC à 40 !) et un chauffeur qui nous conduira à la Caldeira puis au Jardin Botanique.
Ca fait du bien de marcher dans la forêt, sentir la terre, se rouler dans la boue et voir du vert. J’ai la sensation de nourrir mes racines.
Depuis que nous vivons sur le bateau je comprends et ressens mieux la signification profonde de toutes ces expressions : « s’enraciner, avoir les pieds sur terre etc ». Ca fait du bien aussi de marcher à looonngues enjambées et ne plus piétiner sur le pont. Solliciter d’autres muscles dont je commençais à oublier l’existence.
La caldeira de la Soufrière est un site ultra-touristique, avec ses vendeurs de babioles « made in china », ses guides blasés au speech bien rodé ponctué de blagues presque pré enregistrées. Mais entre deux passages de groupes de paquebots de croisières le site se vide et redevient presque sauvage, plus naturel, plus vrai. Comme entre deux représentations, les guides soufflent un peu, se mangent un petit quelque chose au bouiboui du coin qui se transforme alors en cantine locale.

Après les fumeroles et autres lacs bouillonnants, nous faisons une sorte d’immersion culturelle et plongeons dans les bains de boue sulfureuse du volcan. On remonte un petit ruisseau d’eau boueuse très chaude pour aller s’enduire d’une boue noire, granuleuse qui sent le soufre (autrement dit l’œuf pourri).
Puis on laisse sécher avant d’aller faire un « plouf » dans la piscine d’eau (toujours très noire, très chaude !), pour tenter de se rincer… mais surtout se délasser. Parce qu’à ce stade vous êtes tellement crado, puant, bouillonnant, que vous lâchez prise et enfin vous vous foutez de tout, de votre apparence, des odeurs et vous profitez de cet état sauvage. Je vois encore la tête de Camille lorsqu’il nous a vu nous enduire de boue ; stupéfait. Par contre au début il n’a pas du tout aimé se faire tartiner. : « ils ne vont pas bien mes parents! ». Noé a trouvé ça trop génial. Ca lui a rappelé son hammam à Essaouira.
Après une bonne douche à l’eau claire et froide (pour réussir à se débarrasser de notre emplâtre boueux) nous repartons claqués, détendus et affamés. Les joues encore toutes rouges et avec notre nouveau parfum « œuf pourri » on casse la croûte (poulet boucané et pain à l’huile local. Si si, c‘est très bon, faut juste pas penser à sa ligne !) et on repart en direction du jardin botanique. Pour Camille c’est la sieste assurée sur le trajet, dans le taxi, sur le comptoir du guichet d’entrée au Jardin Botanique, dans les bras de papa.
Ce jardin est une merveille, un concentré de toute la végétation tropicale des Caraïbes. Fleurs, oiseaux multicolores, palmiers, cocotiers en tout genres, arbre cannelle, noix de muscade, agrumes, caféiers, cacaotiers, manguiers, mangle, etc…
Nous décidons de rentrer à pied, ce qui fait un peu halluciner les locaux qui ne sont pas habitués à voir des touristes marcher (comme eux) sur les bords de routes. Hors des circuits touristiques, à travers cette campagne luxuriante, les rencontres sont plus naturelles, plus vraies. On se salue quand on se croise dans les rues, fièrement les locaux nous souhaitent un bon séjour et de bien profiter de leur île.


Nous rentrons au bateau sur fond de coucher de soleil. On en a pris plein les yeux. Les enfants sont apaisés, comme ressourcés par ce périple à terre. Un plouf du soir et la nuit sera divine.
Le lendemain nous remontons vers le Nord, direction la célèbre Marigot Bay. J’avais découvert cette magnifique baie sauvage qui s’enfonce dans les terres il y a 15ans. A l’époque, il n’y avait là que deux bicoques qui faisaient office de bar et « d’épicerie ». Nous pouvions mouiller, seuls, au milieu de la baie et de sa végétation luxuriante, bercés la nuit par le chant des grenouilles.
Tout ça a bien changé. La baie est maintenant envahie de bateaux, d’une marina et ses boutiques à touristes « duty free ». L’endroit reste néanmoins très beau, mais a perdu de sa magie
Les vacances sont finies, nous devons rentrer en Martinique, finir les travaux sur Planetocean.



















